Voyager avec la BD 1


C’est être « futé » ou « routard » autrement…

 

Sur les pas  de Guy Delisle dans Chroniques de Jérusalem, Shampooing, janvier 2013.

Avant tout, visiter son site : http://www.guydelisle.com/

Tel qu’il se représente, le profil tiré dans un trapèze relevé ou tombant, selon qu’il marche ou dessine, et simultanément de face, deux yeux une bouche quand elle parle, le tout reposant sur un menton et un cou taillés dans une même pièce, il a l’air d’un petit bonhomme, curieux, dans un affût patient.

 

Sur 333 pages, il y a de nombreuses vignettes, colorées sobrement par Lucie Firoud et Guy Delisle : déclinaisons de gris et de noirs tempérés de brun , quelques sépias pour les souvenirs, quelques couleurs pour les cartes ou soudain, le jaune pour la stridence d’un bruit qui perce le tympan et la page.

Un chapitre pour chaque mois d’une année passée en Israël et Cisjordanie, à Jérusalem et dans quelques grandes villes. Comme passeport, pour circuler d’un chek point à un autre, son métier de dessinateur, quoique cela lui a fermé quelques portes, parfois une délégation au nom de MSF, ONG où travaille sa compagne, et quelques amis établis. Mais parfois… Il faut renoncer

,M63067

Page 186 de Chroniques de Jérusalem

 

 

Ce qu’on retient de tout cela : ce pays, ces pays, ce jacquard improbable de territoires et de frontières : le mur, les murs, les barrages, les zones ou les sites réservés ou interdits, les religiosités affirmées, revendiquées, les laïcités affichées, tout se réalise dans un quotidien évident, qui semble ne déstabiliser que l’occidental. Semble ? A l’évidence non. Mais Guy Delisle ne répond pour personne.

Sur quelles bases construire, reconstruire et bien avant cela ne plus se détruire ?

Tout ce qui constitue l’être européen s’est accumulé et déposé sur des siècles. L’émigration de la deuxième moitié du XXe siècle, plus récente n’est pas encore intégrée dans les esprits.

Cela laisse entrevoir ce qui est à vivre au quotidien entre Israël et la Cisjordanie (l’archipel palestinien) entre les dépôts historiques et les branle-bas, euphémisme propret, qui fissurent, déchirent, et tuent, ces gens de là-bas. Sachant que les morts d’un camp sont plus lourds que ceux de l’autre.

Ce qui plaît dans cette BD documentariste, c’est l’implication de Guy Delisle, il est bien là, traversant les pages et le temps, mais c’est son crayon seul qui est engagé à montrer, à témoigner. Pas d’objectivité parfaite, mission impossible, mais une vue large, qui garde toute sa faculté d’étonnement, la plus neutre possible, et laisse au lecteur toute latitude de prendre position.

PS : porteriez-vous plutôt une kippa Spider Man, une kippa Basket, ou une kippa Smiley, ça se trouve au magasin Kippas Man (p. 145) et ça vous donne une idée de l’humour de Guy de Lisle et du comique de certaines situations.

 

 


A propos de josineb

Josiane Bataillard vit à Belfort et boit l'eau du robinet. Elle habite dans les livres, à l’abri des pages où s’écrit la vie à l'endroit, à l'envers.


Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Commentaire sur “Voyager avec la BD