Ida Grinspan, déportée d’Auschwitz


Le Comité Résistance et Déportation de Belfort  invite Ida Grinspan, le 16 décembre 2014

Ida est une octogénaire, elle parle avec vivacité, sa parole est claire et ses yeux pétillent. Elle témoigne de sa déportation en 1944 à Auschwitz alors qu’elle avait quatorze ans et demi. Seuls les adolescents de plus de seize ans pouvaient être arrêtés, mais Laval avait les coudées franches montrant plus de zèle que le régime nazi.

Il m’a paru important d’aller l’écouter après mon séjour en Palestine. Elle n’a jamais eu l’idée de rejoindre Israël, peut-être se serait-elle interrogée si elle avait eu des amie-e-s.

Ce qu’apporte un témoignage en direct :

  • l’étonnement face à une personne consciente de sa mission, du combat qu’elle peut encore mener sans amertume
  • la révision de certaines idées arrêtées : selon Ida Grinspan les prisonniers à la libération, acceptaient de parler, mais on ne voulait pas les écouter ; c’était trop difficile à croire et on voulait passer à autre chose

 

Elle se trouve déjà éloignée de Paris, réfugiée à dix ans dans un village des Deux-Sèvres ; annoncée comme la « petite juive », elle y est reçue chaleureusement. Scolarisée, elle prépare le certificat d’étude sans trop sentir la guerre, si ce n’est voir passer quelques soldats allemands venus au ravitaillement. Elle y passe deux années tranquilles, ses parents – le père est tailleur – sont restés à Paris. A douze ans et demi, une lettre de son père lui apprend l’arrestation de sa mère (rafle du Vel d’Hiv, 16 juillet 1942). Sa mère n’avait pas cru les personnes qui leur avaient conseillé de s’enfuir pendant la nuit, y compris certains gendarmes, elle était restée à la maison, tandis que père et fils s’étaient cachés. Pour Ida, tout bascule.

Le 31 janvier 1944, un dimanche soir, trois gendarmes arrivent et viennent chercher la « petite juive », « et si on ne la trouve pas, on emmènera Paul, le mari d’Alice ». Paul et Alice sont ses hôtes. Ida n’hésite pas d’autant que des gendarmes annoncent qu’elle retrouvera certainement sa mère. Aussi gardera-t-elle toute les provisions données par Alice, même pendant l’attente à Drancy, même durant l’éprouvant voyage.

Elle apprend bien plus tard qu’Alice, munie d’un certificat de baptême hâtivement rédigé par un curé complice, est allée à la Komandatur pour réclamer Ida ! Mais comme ce sont les gendarmes français qui ont procédé à l’arrestation, le gradé allemand répond qu’il ne peut rien faire.

Voyage de l’épouvante : aucun espace, la soif, la tinette débordante, les odeurs nauséabondes. Trois jours et trois nuits. Un minimum de soixante par wagon.

Une demi journée pour perdre son identité

Auschwitz : déverrouillage des portes, l’enfer des ordres hurlés et des aboiements, le saut hors du wagon un peu amorti par la neige, et le délestage des baluchons et provisions.

« Celles que j’avais précieusement gardées pour ma mère !».

Ida Grinspan raconte sans faillir : le tri et ajoute, à plusieurs reprises « heureusement que… » qu’elle a suivi deux jeunes filles, qu’elle paraissait plus âgée que ses quatorze ans et demi.

Arrivée dans une baraque de Birkenau, une annexe d’Auchwitz, devenues les objets de femmes kapo, elles sont contraintes de se dévêtir, de rester nues humiliées et transies, tondues, avant de recevoir vêtements et chaussures mal ajustés. Et le matricule gravé sur l’avant bras. D’un Komando à l’autre, elle résiste, grâce à la solidarité entre les femmes.

11 mois à Auschwitz, 4 dans un autre camp.

Le livre où elle raconte son histoire

Le livre où elle raconte son histoire

La Libération

Les Russes approchent, le camps est abandonné par les SS, et « la marche de la mort » commence, dans le froid de janvier 45. La moitié des hommes et des femmes meurent de fatigue, de froid, de faim, ou sont abattus. La solidarité morale sauve les autres. Passée par Ravensbrück, puis Neustadt, elle attrape le typhus, une infirmière polonaise la soigne durant deux mois et demi.

Enfin, un bataillon de soldats vient libérer ces femmes avec des brouettes et sont dirigées vers l’hôpital militaire allemand.

Ida et ses copines affublée de turbans, les cheveux ne repoussent pas, persuadent le médecin de les laisser partir en avion « un vieux Dakota », et quand l’un des pilotes vient leur dire en plein vol : « ça y est, vous êtes en France », Ida se sent enfin sauvée.

Elle a dix-sept ans quand elle retrouve son frère. C’est une autre galère, il faut tout de suite essayer de gagner quelque argent pour subsister.


A propos de josineb

Josiane Bataillard vit à Belfort et boit l'eau du robinet. Elle habite dans les livres, à l’abri des pages où s’écrit la vie à l'endroit, à l'envers.

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