Apostille 10 Asaf Hanuka, bédéiste israélien


KO à Tel Aviv, Asaf Hanuka , chez Steinkis

Asaf Hanuka :  lui l’auteur, lui, le père, c’est de l’autobiographie revendiquée, mais, attention, il en joue !

On se perd dans la mise en abyme de l’auteur en personnage et du personnage en quête d’auteur. C’est quand il se dessine qu’il constate qu’ « au moins (il) est réel » et quand il dépouille son visage de ses attributs : les oreilles, les yeux, le nez, qu’il sourit enfin –  un seul trait rouge marque ce sourire –  parce que « Less is more »,  le moins est le mieux.

Lequel des deux s’en donne à cœur joie pour mettre à nu ses fantasmes de mari pas tout à fait à la hauteur, de père inquiet, surprotecteur, peut être lui-même encore enfant, de citoyen d’un drôle d’état, où la Tel Aviv moderne et décomplexée n’a rien à voir avec la Jérusalem partagée, marquée par l’orthodoxie de certains intégristes juifs, si bien que le costume qui sied à un endroit est tout à fait déplacé à un autre endroit.

Page de couverture

Chaque page est une tranche de vie, le trait du dessin est énergique, les métaphores graphiques expressives qui mettent les tripes et le subconscient à l’air, les couleurs franches, explosives, autant que la situation des personnes : surchauffe des loyers, surchauffe démographique, parfois au loin une explosion, des envies de partir ailleurs voir si ce pourrait être plus respirable, à New York ou à Paris, à peine moins militarisé qu’Israël, (quelques allusions discrètes, soit sur un écran de télévision montrant un terroriste cagoulé, soient des majorettes sexy avec des grenades à la ceinture)

Un ou deux aspects critiques 

D’un Israélien à l’encontre de son pays : page 42 il se fait buter pour cracher enfin un « j’aime mon pays » audible ; page 70, il se souvient de l’arrivée de ses parents, juifs irakiens « acheminés dans des wagons de fret vers les camps de réfugiés en Israël », sans travail, vivant sous la tente. Dès lors comment vivre le jour de la « commémoration de l’holocauste » ? « incapable de m’identifier complètement ». On sent ici et là, bien des failles dans ce pays.

J’ai acquis cette BD en regard du voyage et séjour fait en Cisjordanie (novembre/décembre 2014), pour voir l’autre côté du mur.

Asaf Hanuka, lui, ne voit aucun mur, même lorsque sa famille voyage en voiture dans la campagne, où le mur est PARTOUT visible.

Alors oui, son propos, plein d’humour à son encontre et d’interrogations sur son pays, n’est centré que sur Israël. Comme si ce pays n’avait pas de frontières brûlantes.


A propos de josineb

Josiane Bataillard vit à Belfort et boit l'eau du robinet. Elle habite dans les livres, à l’abri des pages où s’écrit la vie à l'endroit, à l'envers.

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