Apostille 11 : ici ça va, un livre comme un bonbon acidulé


ça existe toujours une grand-mère, une marraine ou un oncle, un vieux bourru de cousin qui vous donne sorti du fond d’une poche sombre ou d’un sac à main un peu trop ridé, le petit bonbon, palet pastel que la langue entoure. La salive fait suer la couleur, le sucre et les saveurs acidulées relèguent les chagrins de l’enfant chamboulé.

Ici ça va, c’est un peu ça.

Et tant qu’à faire, le bonbon serait vert, accordé au fouillis de plantes derrière la maison, aux aulnes et aux vases. Ce n’est pas pour rien que par trois fois il parle de l’odeur mentholée des vases. Il, c’est Thomas Vinau. Qu’a-t-il écrit d’autre ? Faudra chercher.

Mais le bonbon pourrait avoir la couleur d’une jonquille, ou d’une framboise, même s’il ne parle pas de cette fleur-ci et de ce fruit-là. Comme il parle d’une maison d’enfance, qui lui revient au corps _ il la respire, elle l’inspire, il la ravive elle le délivre, il la regarde il se découvre – ce sont nos maisons d’enfance qui nous viennent. Comme sa rivière méandre et s’évase, le lecteur s’échappe vers sa maison à lui, quand il était petit.

Photo de couverture... Le bord des eaux de ciel et d'arbres

Photo de couverture… Le bord des eaux de ciel et d’arbres

La maison du narrateur est habitée par Ema, en perdant un « m » elle a, cette femme,  perdu son sceau littéraire de Madame Bovary, elle n’est plus que la sienne. Pas une femme emballée de vertus, juste une compagne accordée aux rythmes de la terre, du jour et de la nuit.

L’homme de ce récit, n’est que ce qui le reconstruit, de la tendresse, de l’indulgence, de la simplicité et des saisons. On sent tout ça dans l’écriture.

« La joie est belle. La joie est simple. Avec le temps je vois ça comme une espèce de sport. De régime. Une discipline. Une acuité du cœur et de l’œil. Il y a des ressources considérables à puiser là-dedans. De la force. De la beauté. De la vérité. Pourtant ce n’est pas une situation confortable. Elle demande de la vigilance. »

Quand bien même les phrases sont courtes, le rythme est calme,  bien aéré. Un murmure dans la poche ou sous la paume de la main, là où l’on a posé le livre.

Ici ça va, 10/18 Alma éditeur, 2014.

 

 


A propos de josineb

Josiane Bataillard vit à Belfort et boit l'eau du robinet. Elle habite dans les livres, à l’abri des pages où s’écrit la vie à l'endroit, à l'envers.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *