L’Attentat, bande dessinée


L’Attentat, c’est d’abord un roman de Yasmine Khadra (éditions Julliard, 2005), que je n’ai pas lu, c’est aussi une bande dessinée aux éditions Glénat, 2012 : scénario Loïc Dauvillier, dessin et couleur Glen Chapron.

Les plus au fait de la question palestinienne émettront toujours quelques réserves, aucun des auteurs n’étant Palestinien, ce qui signifierait peut-être que toutes les données ne sont pas envisagées, ou explicitées…

La bande dessinée, surtout ce genre à visée documentaire, quand bien même l’aspect fictionnel est plus revendiqué que dans le travail de Guy Delisle (voir l’article : Voyager avec la BD du 14 octobre 2014) , a le mérite de rendre les conflits politiques, ici celui de la question palestinienne, à portée d’un plus grand nombre de personnes.

Amine Jaafari, chirurgien dans un hôpital de Tel Aviv, voit sa vie retournée par l’attentat, commis dans un restaurant, par celle qu’il n’aurait jamais pu soupçonner, son épouse, sage et secrète, qui s’est seule décidée au martyre (selon sa famille et ses proches). Arabe israélien, il est rapidement mis hors de tout soupçon par la police israélienne, pourtant il ne reprend pas son travail ; son nouveau champ d’investigation, d’enquête, le conduit en Cisjordanie occupée, à Bethlehem (en zone C, la plus grande partie du territoire cisjordanien, entièrement sous contrôle israélien) puis à Jenine, dans un camp de réfugiés, zone plus dangereuse encore.

Pour un touriste, le danger est peu perceptible, quoique dans les camps, on se sente observé, intrus. Plus encore Amine Jaafari l’est-il, considéré comme un traitre à la cause palestinienne, quand bien même son mariage avec une Palestinienne, aurait pu le mettre à l’abri de tout soupçon.

Photo de couverture

Photo de couverture

A travers l’enquête de Amine Jaafari  on comprend qu’il y a une résistance permanente et cachée à l’occupation israélienne et qu’il encourt de réels dangers en s’immisçant dans ces milieux où il est d’emblée considéré comme hostile, dangereux, traitre, même si tout lien familial, sentimental, n’est pas rompu. On comprend aussi qu’il y a dans cette résistance des factions, du moins des personnes peu sûres, des personnes qui seules s’engagent jusqu’au sacrifice ultime, comme l’a fait sa femme, comme le fait Wissam, sans en avoir rien révélé à sa famille, à ses amis.

Quand on a tout perdu ! Quand chaque jour l’humiliation vous étreint ! Certain-e-s s’immolent ainsi.

La souffrance est sensible des deux côtés, 17 morts dans l’attentat perpétré par la jeune femme à Tel Aviv, la désolation prégnante des Cisjordaniens, plus encore dans les camps de réfugiés, le dessin le rend bien (maison délabrées, routes défoncées, maisons démolies au bulldozer). On y meurt chaque jour, jeune.

La politique israélienne d’appel à peuplement qui implique une volonté claire d’implanter de nouvelles colonies, la visite programmée du premier ministre à Hébron où vivent environ 700 Israéliens en territoire cisjordanien, la provocation est à son comble.

Le seul reproche que je ferais à cette bande dessinée, c’est que manque une carte de la Cisjordanie telle qu’occupée et séparée par le mur, et qu’une explication sur le découpage en trois zones aurait facilité la lecture. La Cisjordanie est découpée en trois zones :

– A : zone entièrement sous contrôle palestinien, soit 13% des 12% de la Palestine historique avant la création de l’état d’Israël.

– B : sous contrôle administratif et policier mixte, palestinien et israélien

– C : entièrement sous contrôle israélien (Bethlehem et sa région, les camps de réfugiés, la plus grande partie du territoire de Cisjordanie)

Le lecteur cherchera-t-il à se documenter ?

 


A propos de josineb

Josiane Bataillard vit à Belfort et boit l'eau du robinet. Elle habite dans les livres, à l’abri des pages où s’écrit la vie à l'endroit, à l'envers.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *