Exil dans l’exil, un livre de Hiyam Bseiso


Exil dans l’exil, un petit livre de Hiyam Bseiso, éditions Golias, 2014

Devrait-t-il, ce petit livre à propos de la Palestine (Cisjordanie et Gaza), passer inaperçu aussi vite que le flux grondant des informations ?

Non, car il a le goût d’une nostalgie poétique, qui déplore moins qu’elle ne célèbre. Gaza, la Palestine, territoires occupés, dépecés où sous terre sont des hommes, des femmes et des enfants morts mais toujours chéris, territoires entrelardés de murs et de colonies, incisions et intrusions tranchées dans la chair du paysage, où même les noms des lieux sont effacés… L’archipel de Cisjordanie et de Gaza, défendus par ceux et celles qui y résistent pied à pied, restent toujours et encore dans le cœur des exilé-e-s.

Hiyam Bseiso, anthropologue, thèse sur les réfugiés palestiniens au Liban

Hiyam Bseiso, anthropologue, thèse sur les réfugiés palestiniens au Liban

Hiyam Bseiso, raconte son double exil de Gaza quand elle était petite et de son logement à Paris en 2000, au prétexte que ses loyers étaient impayés ; le deuxième ravivant la douleur du premier. Lors de ces moments où plus aucune place sur cette terre ne vous est accordée, il y a la solidarité des humbles. Difficile d’imaginer la densité du rejet, être soudain celui ou celle qui ne doit pas être ici, pas plus que là, ni ailleurs.

A son témoignage elle ajoute le souvenir de femmes vivant dans les camps au Liban, loin de leurs villages d’origine. Ces vieilles dames sont seules (les hommes ont été emprisonnés ou sont morts sous les balles de la Haganah ou de l’Irgoun) à porter le souvenir de l’exil, de camp en camp, sous les tentes d’abord en 1948-1949, dans des baraquements ensuite, quand la vie est forcée de s’organiser, car le moment du retour est sans cesse différé.Jusqu’à ce jour.

La langue maternelle de Hiyam Bseiso est l’arabe, sa langue d’exil est le français. Le lecteur ressent cette expérience bilingue, parce que sa langue a une autre musique, anaphorique, simple et douce.

Si l’on veut bien considérer la lecture comme une rencontre avec une thématique, un auteur et son mode d’expression, nous voici transportés à Gaza, sur ces terres où s’écrit une Histoire de dominations successives. Invasions, destructions, EXILS, retour pour les uns, nouvel exil pour les autres. Sur le mode de la dévastation la plus radicale que puissent concevoir les hommes du pouvoir et de l’argent. Pourtant, dans sa langue, il demeure quelque chose de la bienveillance de cette terre qui continue à fleurir, de la patience des arbres qui continuent à pousser, de la persévérance d’un peuple qui depuis bientôt cent ans maintient coûte que coûte ses deux pieds sur cette terre.

Que reste-t-il dans la chaire de l’exil ?

Des visages de familles, de fratries, tantôt réunies, tantôt dispersées. Des silhouettes d’arbres et des parfums de fleurs sous les brises marines de Gaza ou de Jaffa. Des sources « fraîches en été, chaudes en hiver » qui sourdent dans les montagnes de Galilée. La vigueur des épices semées dans des bidons pour assaisonner les plats de la cuisine palestinienne. Ainsi se débrouille-t-elles, les exilées, pour redonner le goût du pays sous les palais, parce que le souvenir est fait aussi de saveurs. Une langue qui a la musique des Psaumes quand elle exprime la douleur, du Cantique des Cantiques quand elle parle du passé, quand la Palestine était à ceux et à celles qui l’ont habitée des siècles durant. Cultivée dans le respect des richesses naturelles et non pas dans le but d’une rentabilité forcenée.

Qui sait que le Jourdain est à sec, sauf où aurait eu lieu le baptême de Jésus, pour ne pas épouvanter les touristes ?

 


A propos de josineb

Josiane Bataillard vit à Belfort et boit l'eau du robinet. Elle habite dans les livres, à l’abri des pages où s’écrit la vie à l'endroit, à l'envers.

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