Exposition internationale, Milan 2015, jusqu’au 31 octobre


Il y a eu Shangaï en 2010, il y aura Dubaï en 2020.

A Milan, nous partirions en train.

Faire un tour du monde sur 110 ha d’exposition, c’est tentant, même si l’exposition est sponsorisée par les états, les « Big four » et autres banquiers de la planète ;  c’est aussi contestable. 12 heures sur nos jambes, les yeux écarquillés, n’y ont pas suffi, le double n’y suffirait pas non plus, trois journées deviendraient épuisantes.

La Controverse

L’Italie se porte mal, économiquement MAIS  la vitrine de Milan –  capitale économique et première ville pour sa démographie – est soignée : designers et organisateurs se sont surpassés à la mesure des sommes investies par les différents états et les multinationales. Quelles sommes au juste ? Journalistes d’investigation, aidez-nous.

Le pavillon italien assailli de visiteurs

Le pavillon italien assailli de visiteurs

Comment la thématique : « nourrir la planète  » a-t-elle été relayée ?

Nourrir et abreuver la foule des visiteurs, c’est le premier enjeu marchand. Tout est prévu pour d’agréables dégustations, aux couleurs du monde. Il fait chaud mais sous les « veli », les voiles,  qui abritent le grand axe de déambulation nommé « decumano », l’air circule. Fun shoping, c’est l’expression dans le vent.

Au temps des Romains, les villes étaient construites à la croisée du decumano (axe est-ouest) et du cardo (axe nord-sud). A la croisée, sur le forum, toute une carrée est réservée à l’Italie.

Quant au défi de nourrir la planète il est abordé par les super puissances  : Etats-Unis, Russie, Chine, Iran, Brésil (cette exposition nécessitait de réels efforts de décryptage) Estonie, Turquie, Monaco, France, de façon plus ou moins concrète, avec des objets, ou au travers d’installations, de projections vidéo et de photos. Chaque pavillon visité ( Russie, EU, Chine) met en scène de façon plus ou moins grandiose les efforts consentis  pour produire ce que nous ingurgitons, les efforts à consentir pour une exploitation plus respectueuse de l’environnement.

On voudrait y croire.

Etats- Unis : mur végétalisé ; les panneaux s'ouvrent et se ferment

Etats-Unis : mur végétalisé ; les panneaux s’ouvrent et se ferment alternativement

La longue allée montante du pavillon iranien est bordée de jardins luxuriants dans des caissons de bonne taille, avec en toile de fond une projection sur un « trésor divin » : la grenade. Une myriade de grenades roulent le long du mur qui longe les jardinets, jusqu’à ce que la paroi toute entière soit d’un rouge grenat. Les jardins sont réels, les grenades virtuelles.

Les petits cubes ou chambres ouvertes de l’Estonie sentent la sève encore fraîche, la forêt proche des bouleaux, il s’agit simplement de montrer ce que le bois représente comme richesse. Les senteurs de bois coupés sont encore vives.

Le pavillon aéré de la France, est  lambrissé d’outils aratoires, d’instruments culinaires, de bonbonnières géantes (pour le jeu des couleurs), avec quelques pans de murs qui montrent  diverses techniques de torchis. Une vidéo explique  les enjeux actuels et à venir pour nourrir la planète. Grand jeu pour grands enjeux. Les petits producteurs, les quelques agriculteurs, éleveurs, maraîchers qui par choix et passion choisissent des solutions bienveillantes pour la terre, les végétaux, les animaux et les hommes, ne sont pas représentés.

Immense structure de bois courbés, ouverte aux quatre angles, chapiteau avec ses caissons thématiques

Immense structure de bois courbés, ouverte aux quatre angles, chapiteau avec ses caissons thématiques

Le pavillon de Monaco par sa dissymétrie met en  tension deux façades de conteneurs et un long toit végétalisé joignant la partie la plus élevée au niveau du sol. L’intérieur haut et vaste est charpenté, partagé entre aquariums miniature, vidéos en rapport avec la mer, et des empilements de boîtes en bois telles que celles utilisées pour l’acheminement de l’aide humanitaire. Bon nombre de ces boites sont aussi des écrans. Impossible de stationner, suivre toutes les vidéos ; ces aperçus nécessitent un suivi. La COP 21 à Paris sera-t-elle l’avancée promise ?

Nous avons guigné du côté des pavillons thématiques, tous construits selon le même modèle, dans lesquels exposaient, avec des moyens plus traditionnels, parfois à la limite de l’indigence, au regard des autres, un grand nombre de pays africains et quelques pays d’Amérique centrale.

La Chine fait des vagues, impressionnantes

La Chine fait des vagues, impressionnantes

Parfois nous avons souri : même si le film d’animation chinois est  charmant, nous n’étions pas dupes de l’accueil du président Xi Jinping souriant au monde depuis son fauteuil. Quant au pavillon turkmène, il était exclusivement dédié à son président : Gurbanguly. Inutile d’avoir un esprit critique aiguisé pour déplorer ce vain étalage et cette  richesse fournie par  le pétrole et le gaz, richesse dans les mains d’une élite.

Parfois nous ne nous sommes intéressés qu’à l’aspect extérieur, regrettant de ne pas pouvoir entrer en raison des longues files d’attente. Ci-dessous, l’étrange sculpture devant le pavillon britannique.

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Nous étions au cœur du monde, d’un monde  embelli, complices émerveillés d’un jour, face à tant de savoir faire architectural et artistique . Ce jour-là nous étions plus grands d’être si nombreux sans être des milliards, et tellement petits face aux défis que rien ne saurait masquer.

Quelle sagesse pour demain ?

Devant la grande gare de Milan, le lendemain, des migrants assis sur leurs sacs bavardent et regardent les passants qui ne s’attardent pas, certains dorment. Leurs trajectoires sur la planète et à travers l’Europe, dessinent les côtes d’un squelette écartelé.

 


A propos de josineb

Josiane Bataillard vit à Belfort et boit l'eau du robinet. Elle habite dans les livres, à l’abri des pages où s’écrit la vie à l'endroit, à l'envers.

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