La Brouillonne des livres : Viollette Leduc


Se prénommer Violette et n’être pas fleur bleue, ou l’être farouchement tel un « soupirant de l’amitié amoureuse », deux ivresses indissolublement liées ; car il n’y a chez elle aucune mesure, mais une suite effrénée d’aspirations, déboires, désolations, épiphanies  attendues, célébrées, brûlées, noyées dans ses effrois, peines, chagrins, élans de fierté, tentatives de paraître et belle, et forte, et digne, et savante, plaisante, cultivée, accrochée à l’échelle de valeurs qu’elle seule se dessine et destine, barreaux inatteignables, et patatras…

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Cavales, courses haletantes, qui mêlent du quotidien, de l’enfance, des appels au téléphone, des ratages au boulot, la vie de ratée qu’elle s’invente, comme sa mocheté – je ne vérifierai pas, je veux la croire ou croire ce qu’elle écrit – mais je me dis que toutes ces images dégradées d’elle-même font œuvre d’elles-mêmes et d’elle-même. Épousailles de petits néants qu’elle étale sur la page, autoportraits saccagés, quand l’autre est sublime, amantes, amies, amis le plus souvent homosexuels ; elle dans l’indicible amour amitié pour les femmes ou les hommes, qu’importe, elle a besoin de ça, comme d’être vêtue, couverte, révélée.

Elle me force à sa suite, plus encore que Mireille Havet – différemment, c’est insensé de les comparer – dont la langue coule comme un miel de langueur, une traîne de violoncelle dans ses  phrases. Violette Leduc me secoue, elle brandit la sincérité, ses appétits de gloutonne qui voudrait être sage, ses dons et ses larcins, avec la sauvagerie d’un enfant grandi seul. Sans essoufflement, dans l’effarement du temps qui passe.

« Le temps, ma petite, ce n’est pas du travail d’amateur » elle réalise à trente ans, écrit-elle, beaucoup plus tard, dans La Bâtarde.

Dans son torrent de petites phrases qui gobent la vie, la convoquent à un éternel présent, il y a toutes celles que je voudrais, moi gober comme une pastille, un petit miracle volé à elle.

Je la lirai, j’en parlerai.


A propos de josineb

Josiane Bataillard vit à Belfort et boit l'eau du robinet. Elle habite dans les livres, à l’abri des pages où s’écrit la vie à l'endroit, à l'envers.

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