Les ateliers du renard, un jeu de l’oie et une pioche de mots


C’était le 4 février 2017, à Lausanne …

Nous étions sept autour de la table, à élaborer, sous forme de jeu, une pioche aux mots, puis à écrire un début de nouvelle ou de roman, à partir d’un incipit tiré au sort.

Les oies qui écrivent dans les ciels de leur voyage

Les oies qui écrivent dans les ciels de leur voyage

Voici Zazie, texte d’Isabelle

« Les cils gris de cette petite fille jettent une ombre grise sur sa joue. »*

Sa mère dit toujours que c’est horrible cette ombre. Mais sa mère trouve horrible tout ce qui ne fait pas ressembler Zazie à une poupée. Par exemple, quand Zazie fait des roulades dans l’herbe, que ça la décoiffe, sa mère pète un câble « Oh, mais zut ! Zazie ! Je t’ai dit mille fois de ne pas faire de roulades dans l’herbe ! Tu crois que j’ai envie de refaire tes nattes quatre fois par jour, hein ?!? »

 

Je me suis souvent demandé si Zazie souffre de cela, de cette mère qui aimerait une enfant-poupée, qui ne bouge pas et ne défait pas ses tresses. Mais Zazie s’en fout. Elle est sans doute trop jeune pour comprendre que sa mère est en fait cinglée et qu’elle est en train de lui mettre sur le dos un tas de troubles qui feront d’elle une adulte névrosée.

La mère de Zazie, c’est ma sœur, je la pratique depuis l’enfance. Enfant déjà elle voulait que je sois sa petite poupée. Ca me faisait piquer des crises. Un jour je lui ai mordu la joue jusqu’au sang, si bien que maman m’avait emmené chez le pédiatre qui avait ordonné un examen chez le neurologue. J’avais passé tous les tests avec succès. Mon cerveau n’avait rien. Bah oui, mon cerveau n’avait rien, c’était elles qui me rendaient marteau. Entre ma grande sœur qui me prenait pour son jouet et ma mère dépressive, hésitante sur chaque réponse à me donner. Ces deux-là me passaient au hachoir de leur névroses, me faisant réagir avec des crises.

Donc, je compatis avec Zazie qui m’épate par son insouciance. Ma chère sœur m’a usurpé mon enfance et elle tente de faire de même avec Zazie.

Et Hector, le père dans tout ça ? Hector eh bien, il est mou, il ne comprend pas ce qui se joue entre ma sœur et Zazie. Ma sœur maligne qu’elle est a su dégotter un homme qui ne la contrerait pas dans sa propension à régner sur ses proches.

« Mais Hector, réveille-toi, bon Dieu, prends ta place ! » Et Hector, impassible dans son éternel pull kaki me regarde bêtement.

Mardi j’ai dit à Zazie quand je l’ai gardée que j’étais là pour elle, si elle avait besoin de me parler de quelque chose. Je voulais lui dire que moi aussi j’ai subi ce qu’elle subit. « Ma Zazie, ma zamour » comme je l’appelle.

Ma zamour de Zazie fait grandir en tout le zeste de la révolte pour qu’à ton tour tu ne finisses pas zinzin.

  • Première phrase : incipit extrait de : Le Nécrophile de Gabrielle Wiitkop, Verticales
  • Les participant-e-s sont parti-e-s sur d’autres voies, à partir du même incipit,on verra si elles leur donnent des ailes…

Une autre voix, celle de Monique D. qui insère dans un cahier, sur feuilles papier japon,  ses techniques mixtes : collages, encre, aquarelle…

Les cils gris de cette petite fille

jettent une ombre grise sur sa joue.

Sanglée dans le grand fauteuil à l’ombre de la haie vive,

près de la statue romaine, elle est seule.

 

Et on entend tintinnabuler le carillon du portail

comme si, ici, on pouvait croire à la paix.

 

Ses mains n’ont plus la force de déplacer les roues.

Ses yeux d’un bleu si pâle qu’ils font partie des brumes

lui permettent à peine de distinguer les ombres

Monique D., technique mixte,

Monique D., technique mixte,

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Depuis combien de temps

   suis-je cette enfant

       qui a vécu les deuils

           les guerres

                 et les amours ?

Celle qui a tout perdu

   de si nombreuses fois

         et qui ne sait plus

               pourquoi

                   elle vit

                     ici, dans ce jardin

                         où les souvenirs absents

                               prennent trop de place

                                     comme si la douleur,

                                          en plein calme,

                                               devenait plus intense.

 

Je sais les chagrins

               je sais les vides

               à l’intérieur de moi

mais j’ai oublié ce qui les a causés.

 

Personne ne peut entendre le bruit de mon silence.

 

Pourtant, lorsque vos pas font remonter du sol

l’odeur de la mort qui vient,

lorsque, souriante, vous m’apportez des fleurs

pour mes 94 ans,

 

si vous aviez moins peur , vous pourriez m’écouter…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


A propos de josineb

Josiane Bataillard vit à Belfort et boit l'eau du robinet. Elle habite dans les livres, à l’abri des pages où s’écrit la vie à l'endroit, à l'envers.

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