La Brouillonne des livres : L’Homme qui pleurait les morts


Arata Tendō publie en 2008, au Japon : L’Homme qui pleurait les morts,  un long roman, traduit par Corinne Atlan en 2014.

Capture d’écran de la page de couverture

606 pages aux éditions du Seuil.

Un livre lourd à tenir en main au titre peu alléchant !  Et pourtant ! C’est un livre que je n’ai pas lâché, à peine quelques infidélités pour des livres plus courts, je n’ai eu de cesse de le terminer tout en préservant le moment où j’allais le quitter. Et ce malgré ses défauts, sa psychologie fouillée, la prééminence d’un narrateur qui nous mène à sa guise. Défauts rédhibitoires ! Et la crainte de ne pas s’y retrouver parmi ces noms et prénoms japonais.

Mais côtoyer la mort avec autant d’empathie la fait devenir familière, douce. Cet homme singulier, Shizuto Sakatuki,  qui parcourt le pays pour pleurer toutes les morts : obscures, oubliées, reléguées… celles des humbles, réprouvés, malfrats, des criminels et de leurs victimes, des adultes, enfants, vieillards, …  cet homme, ni moine bouddhiste,  ni croyant,  affronte routes et chemins, en toute saison à travers tout le Japon, pour se rendre sur le lieu de ces morts.

 Shizuto, calme, paisible, insensible à toutes les railleries, à tous les mépris, à toutes les misères de l’aventureux désargenté, poursuit sa route.  Voyage géographique, historique, sociologique et sentimental.

Autour de lui qui ne cesse d’aller où l’attendent les morts, gravitent un journaliste véreux et corrompu Kotaro Makino, une jeune femme criminelle qui se met à le suivre, et toute sa famille en but au quand-dira-ton. Son comportement bizarre, révélé par la presse papier et par Internet est une épreuve pour sa sœur Mishio que son fiancé quitte. Quant à Junko, la mère gravement malade,  elle n’a jamais regretté de l’avoir laissé partir. Cette fréquentation de la mort lui a semblé le moyen que son fils avait trouvé pour apprivoiser la vie. Elle même sauve jusqu’au bout sa vie et celle de toute sa famille, dans un acte d’amour lucide.

D’autres personnages, d’autres vécus. C’est un roman généreux dans lequel l’auteur entretient un suspense constant.

La mort compagne n’est plus un tourment. Une paix s’établit entre les vivants et les morts et inversement. Dialogues, voix entendues, apparitions, songes, tout peut être apporté en lumière, à la façon de Shizuto qui ne s’enquiert pas des défauts et qualités. Pour lui importe ces trois questions :

  • De qui était-il ou était-elle aimé-e ?
  • Qui aimait-il ou aimait-elle ?
  • A-t-il ou a-t-elle fait quelque chose qui lui a valu de la reconnaissance ?

Shizuto n’appartient à aucune église, aucune secte.

« Est-il interdit de laisser ses pensées errer sur ceux qui ne sont plus parmi nous ? »

Il a en lui « l’oreille de l’âme » ; il trace une route solitaire, longtemps, avant qu’il ne rencontre Yukiyo Nagi, celle qui a tué pas amour.

 Il y a quelque chose qui cherche une voie vers un humanisme à notre potée. Il y a des résonances singulières entre amour et mort et l’écho de paix retrouvées.

Ce roman fait partie de la biographie de Au Bonheur des morts de Vinciane Desprets

 

 

 

 


A propos de josineb

Josiane Bataillard vit à Belfort et boit l'eau du robinet. Elle habite dans les livres, à l’abri des pages où s’écrit la vie à l'endroit, à l'envers.

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