Retour à Forbach, réalisateur Régis Sauder


Capture d’écran d’un extrait de la bande annonce

Retour à Forbach, de Régis Sander (film soutenu par l’Acid, l’Association du Cinéma Indépendant pour sa diffusion)

 

 

Le Retour à Reims de Didier Eribon a ouvert un chemin à l’entreprise de Régis Sander.
Jeux d’échos.

 

 

 

Comme Didier Eribon, Régis Sander a fui la ville où il est né, comme lui il y revient, pour comprendre, retrouver les ami-e-s d’enfance, et saisir les réalités : un père qui perd doucement la mémoire, la maison familiale qui sera vendue, l’école, les quartiers, les magasins aux devantures vides – à vendre- les fenêtres aveugles… Quelque chose d’anonyme qui s’efface.

 

 Moi, je filme pour me souvenir

La voix du réalisateur et des témoins, se fait entendre sur les plans séquences de rues, de façades mornes, sur l’automne qui chatoie de toutes ses couleurs chaudes, sur les ciels et les nuages qui filent au loin.

Cycle des saisons, impermanence du ciel, l’Histoire déroule « sa grande H » comme le dit Georges Perec, par-dessus les houillères fermées. Elles ont troué le sous-sol comme un fromage. Au-dessus, dans certains quartiers, les maisons se fissurent, les prix de l’immobilier chutent.On ne peut plus faire recours que contre l’état français

Certains et certaines sont resté-e-s et veulent rester. Dès le deuxième tiers du film, apparaissent des témoins, ami-e-s d’enfance ; Ahmed, la directrice de l’école primaire, une voisine, tous et toutes disent leur attachement, même si d’autres voix disent : « nous sommes troublés, abandonnés, résignés. »

Ce n’est pas étrange qu’on y vote pour le Front national, même si la population reflète les migrations successives : Polonais, Italiens, Algériens, Marocains, Roms aujourd’hui ; c’est une façon d’espérer autre chose, ou de conjurer la peur entretenue par ce parti.

« Il aurait fallu rentrer au pays, comme nos grands parents le voulaient », dit une Française dont les grands-parents étaient algériens.

Le film porte en lui un dynamisme, une force militante, parce qu’il explore pleinement les possibilités du cinéma

– plans de coupe nombreux : des vues de la ville, des façades aux volets clos, des boutiques abandonnées, des terrains de jeux, des édifices religieux, de la cité, autant d’images sur lesquelles des voix rapportent leurs chers souvenirs, avec l’accent particulier et quelques tics de langage de l’est mosellan.
– une alternance de mouvements et de plans fixes
– dans la bande son, une succession de messages paradoxaux, le dépit des adolescents, les rêves grandioses des enfants de l’école primaire, et le jaillissement de la musique métal
– des lumières tamisées de gris et de pluie, les chatoiements de la fête

Et par-dessus tout ça, comme les étrennes de Brel ou du Père Noël, le discours enflammé de François Hollande pendant sa campagne électorale.

Des contrastes, un montage vif et rythmé, quelque chose de roboratif. Il y a de l’énergie, du désir encore.

Un film qui reconnaît le droit du sol.

C’est Ahmed, l’ami d’enfance, qui rachète la maison familiale, c’est le jeune fils d’Ahmed qui dit au revoir à Régis Sander.

Un film d’analyse, de mélancolie douce, d’amour pour la terre natale qu’on ne fait sienne que par le cœur.

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A propos de josineb

Josiane Bataillard vit à Belfort et boit l'eau du robinet. Elle habite dans les livres, à l’abri des pages où s’écrit la vie à l'endroit, à l'envers.

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