La Brouillonne des livres, Alain Lercher et les Petites Fugues


Alain Lercher, Les Fantômes d’Oradour, Verdier, 1994

Fantômes bien au chaud sous la couverture jaune de chrome des éditions Verdier. Alain Lercher est un auteur invité des petites Fugues 2017. http://www.lespetitesfugues.fr/

Oradour-sur-Glane, des ruines enfouies sous d’autres catastrophes : Auschwitz, Hiroshima, Vukovar, Sabra et Chatila…

10 juin 1944. Le temps passe. la catastrophe s’amenuise comme s’amenuisent aussi les catastrophes éloignées.

Alain Lercher y a perdu son arrière-grand-mère et un grand oncle. Sa mère était native d’Oradour, son père alsacien. Une famille saisie à la gorge de l’histoire, à laquelle il rend des comptes.

Il rappelle les faits de juin 1944 (642 morts), quelle justice a pu être rendue  en France et en Allemagne après guerre. La troisième partie requiert toute la finesse d’un homme qui veut se souvenir et rendre aux victimes un peu plus que ce que la France leur a concédé. Tout était compliqué après guerre. Les Alsaciens, les Malgré nous, jeunes enrôlés qui ont invoqué leur obéissance, ont été soutenus par l’Alsace qui a fait bloc. « Position insoutenable » écrit Alain Lercher. »Refus absolu de reconnaître non seulement la moindre responsabilité collective, ce qui était légitime, mais encore individuelle, ce qui était abusif »

Tout effacer ? Ne pas pardonner : c’est impossible d’autant qu’il n’y a pas eu demande de pardon. Ne pas oublier.

C’est bien cette injonction dernière qui s’impose.

Alain Lercher, capture d’écran

« Les fantômes ou les anges ou quel que soit le nom qu’on leur donne, vivent avec nous, dans quelques lieux particuliers. Oradour en est. Ces lieux ne parlent peut-être qu’aux intimes, aux descendants des morts (…) je suppose qu’à quelques autres, qui savent faire preuve de la douceur et de la confiance que réclament les fantômes pour apparaître, ils parlent aussi. »

 

 

 

 

 

 

 

 

Je me souviens de notre maître d’école en classe de CM2. Un grand monsieur, large, moustachu, grisonnant, craint de ses élèves, c’était en 1956-57. Il nous parle un jour d’Oradour-sur-Glane, nous dit la séparation des hommes d’avec les femmes et les enfants, puis la tuerie, puis l’incendie. J’ai su et je n’ai jamais oublié ce nom.

Je me souviens encore, ce même maître, il collait son oreille devant le haut-parleur – il devait s’agenouiller devant le meuble ouvert qui abritait le poste de radio – pour écouter les informations relatives à la guerre d’Algérie.

Il recueillait l’horreur du monde, avec le plus grand calme revenait à nous, soucieux de notre avenir. Il m’a légué des fantômes.

 

 

 

 

 

 

 


A propos de josineb

Josiane Bataillard vit à Belfort et boit l'eau du robinet. Elle habite dans les livres, à l’abri des pages où s’écrit la vie à l'endroit, à l'envers.

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