Entrevues et moi


Ah ce festival ! Celui de toutes les frustrations. Pas le don d’ubiquité ! Même si l’on commence avec  sagesse, certains jours la frénésie s’empare de nous, pour peu que l’on croise tel ou telle qui nous dit : Ah c’est dommage que tu n’aies pas vu ce film !

Ne pas tout voir !  Ne rien oublier ? Noter, donner un peu de sa voix, pour y trouver satiété qui dure plus que le temps d’un film, court ou long métrage.

Chronologie à vos marques !

Samedi 25 novembre

 La transversale : histoire secrète du cinéma à la télévision

Bartelby , Maurice Ronet

Michaël Lonsdale, Maxence Mailfort. Adaptation de la nouvelle de Melville – jamais lue : accrocher un rappel quelque part sur une liste des choses à lire – . Ne peuvent donc m’importer que le film, le jeu des acteurs, les cadrages, les dialogues, les bruitages. Tout concourt à produire une tension, un agacement, une inquiétude, bienveillante ou déstabilisante.

« I would prefer not to » la formule de Bartelby qui souhaiterait ne pas faire, ou préférerait ne pas faire, garde une résonance froide, ou tout au contraire, fait monter la fièvre, et précipite nos questions : refus conscient du monde tel qu’il est, folie de l’homme qui a perdu le sens de la communication, l’homme sans attache qui s’oublie face au mur de la prison.

http://www.e-litterature.net/publier3/spip/spip.php?page=article5&id_article=162       article documenté

Tout de suite, maintenant de Pascal Bonitzer

En dépit d’un « casting » de prestige (Agathe Bonitzer, Vincent Lacoste, Lambert Wilson, Isabelle Huppert, Jean-Pierre Bacri), un film qui fait beaucoup de bruit pour beaucoup trop de clichés, de chichis, c’est très papier glacé.

 

Capture d’écran de l’affiche Entrevues 2017

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dimanche 26 novembre

Les films de la compétition

Le Passant intégral, en présence du réalisateur Eric Harold et du figurant « le meilleur des figurants français » masqué sous un voile couleur chair, dans le film et sur la scène.

Ce film montre le sort, et peut-être bientôt la fin d’un métier, car un seul figurant pris sous divers aspects et postures, pourra devenir une foule virtuelle.

Il y a ce que la caméra révèle de ce figurant, qui a pour objectif – le dernier de sa carrière de figurant – de devenir celui qui, par une démarche complètement maîtrisée, normée, pourrait échapper aux caméras de surveillance.

Et nous ? Devenus les figurants inconscients de toutes les vidéo-surveillance.

Frissons.

 

Le Jour d’appel de Antonin Ivanidzé, HEAD, Genève

Un jour dans la vie d’un jeune homme, pour découvrir l’autre, celui qui obéit et se coule dans le groupe, cet autre qui rêve d’ailleurs, pas d’enrôlement

 

 

Playing Men de Matjaz Ivanisin

Très beau, très particulier, une vision anthropologique du jeu masculin, dans diverses sociétés, ou divers pays.

 

Des jeunes filles disparaissent de Clément Pinteaux (hors compétition)

 

La Position d’Andromaque, Erick Malabry en présence du réalisateur et des producteurs et de Michaël l’acteur malentendant (électricien dans la vraie vie)

C’est réalisé à partir d’une expérience réelle dans un cours de théâtre ; Erick Malabry, émerveillé par l’investissement des étudiant-e-s de cette session, décide de leur proposer la réalisation d’un film, où chacun tiendrait un rôle. Enthousiasme ! Préparation et tournage en un temps record ! Réconfortante cette jeunesse qui cherche sa voie, avec fièvre obstination.

Lundi 27 novembre

La Fabrica, le Festival rêvé de Saïd ben Saïd

Le destin de Madame Yuki, Kenji Mizoguchi

Jeu pervers d’un époux riche et dépravé à l’encontre de son épouse, éplorée, sans force, à peine aura-t-elle quelques mots pour signifier à son mari qu’elle le hait – elle en aime un autre, un bel homme calme – . En elle le démon d’une soumission maladive.

Les domestiques sont là pour révéler les horreurs. Ils épient, rapportent, consolent, car ils ont pris parti pour la vertu.

Le langage cinématographique fit de cette fiction, une tragédie. Il y a un destin qui va s’accomplir, qui doit s’accomplir dans l’écrin des montagnes verdoyantes et entre les parois coulissantes, les rideaux d’une maison de maître. Jean Douchet qui présentait la séance a  expliqué que les champs contre champs sont inutiles car, les personnages, à genoux, se déplacent pour être saisis sous certains profils ou de face, avec une harmonieuse aisance. Tout un art de la conversation et  du tournage.

C’est réglé comme un ballet très écrit où rien ne pourrait échapper à la mesure. C’est d’une beauté froide, implacable.

 

Juste avant la nuit, Claude Chabrol

Ce n’était pas prévu, j’ai suivi une personne. Cela arrive.

Michel Bouquet, Stéphane Audran, François Périer. Des acteurs. Un cinéma qui conjugue le drame et le langage cinématographique très maîtrisé : plans, cadrages absolument justes, la bonne distance pour cerner le personnage, une mimique, un froncement de sourcils, un regard appuyé. Tous plus ou moins compromis, prêts à garder le silence ou à imposer le silence à Charles Masson, l’époux et père assassin – naturellement au-dessus de tout soupçon – . En lui croît une voix qui l’obsède et le pousse à la confession privée, puis élargie à l’ami, le mari de la femme qu’il a étranglée. Un peu trop de laudanum dans un verre, il s’endort. Son épouse, les enfants, sont sauvés de la honte.

On entendrait presque les voix de Dostoïevski traverser le silence lourd des complices, car certains mystères semblent peser sur les survivants. Rien de trop n’est dit qui puisse nous assurer de leur culpabilité ou de leur innocence.

She’s beyond me, Toru Takano

Badinage amoureux dans un beau décor au Japon…

Casa Roshell, Camila José Donoso

Jeune cinéaste qui dit avoir choisi la fiction pour pouvoir faire jouer le rôle des hommes qui fréquentent Casa Roshell, par des acteurs.

J’ai quelques petites réserves à propos de
– la longueur, 5 minutes de moins pour resserrer le propos.
– à peine trop de musique.

En revanche, très beau début, sans commentaire, sans dialogue, le temps de remarquer les marques de bronzage et de deviner un peu de la vie d’avant… Jeu de miroirs, beaux dos qui signifient qu’à la Casa Roshell, on peut tourner le dos au dehors et s’en remettre à soi et à ses semblables ses frères/sœurs

Très beaux portraits, nostalgiques, tristes parfois, tellement tristes. Pourtant, ici, pas de cris, une paix certaine. On y est à l’abri des invectives, des injures, de la discrimination. On peut être qui on est.

 

 

Et ? Mais cela se termine en queue de poisson, quelques mois plus tard. Chantier, résolutions, abandonnées (nouvelle orthographe, on peut accorder avec le nom le pus proche).

 

 

 

 

 

 


A propos de josineb

Josiane Bataillard vit à Belfort et boit l'eau du robinet. Elle habite dans les livres, à l’abri des pages où s’écrit la vie à l'endroit, à l'envers.

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