Mes Provinciales, un film de Jean-Paul Civeyrac


Si je vous dis :  sublime, c’est ennuyant, c’est couper votre élan, éteindre vos ardeurs. Si je vous dis : poétique, (Pascal, Novalis, Rimbaud, Pasolini) cela devient franchement casse-pied.

Si je vous dis : mise en abyme, vous tombez de votre chaise. Si je vous dis : la fenêtre de la chambre, soit un passage de l’ombre vers la lumière, ça vous dit quelque chose : l’éveil, le passage à l’âge d’homme, la chambre noire (à présent la caméra électronique) à l’écran blanc du cinéma ou de vos nuits blanches… Je n’insiste pas.

Si je vous dis : un enchantement musical entre Bach et Mahler, envoyez-moi sur les roses.

Si je vous dis : rose et mille autres chatoyantes  couleurs, c’est faux, car le film est en noir et blanc.

Un point c’est tout.

Et puis il y a ce grand gars (Andranic Manet), un peu voûté, un peu pataud, qui voudrait bien faire des films, mais seules les portes de la fac lui sont ouvertes, pas celles de la Femis. C’est un gars qui n’a pas trop confiance, mais ce n’est pas faute de travailler, d’être en quête de reconnaissance…Plus les encouragements lui viennent, plus il doute, et plus les filles l’admirent, lui résistent ou le quittent – avec tendresse, car c’est un tendre, prêt à s’émouvoir, à tomber en amour, à tomber en amitié – plus il se défait, ou s’attend. Mais attendre quoi de soi-même ?

Non ce n’est pas tout. L’écran est traversé de visages penchés, gros plans sur des yeux plissés qui brillent de vouloir croquer la vie, ou de l’aimer, pleinement. Même les plus farouches, les plus révoltés, jeunes hommes et jeunes femmes, sont des madones attendrissantes, qui s’effacent dans les fondus au noir, fondus qui ferment une séquence, parfois juste un peu trop tôt. Comme ces cafés qui ferment un peu trop vite quand on arrive trop tard, alors la soirée s’étrécit, on ronge son frein, on soupire, c’est une parcelle de vie qui nous est ôtée. Au petit matin on est encore à l’étroit, le cœur défait, l’âme se traîne comme un chiffon humide. Des larmes !

 

Chaque jour je vis de foi de courage et meurt chaque nuit aux feux de l’extase (Novalis)

La vie avance, elle devient un peu moins chaotique, jamais moins nostalgique, de cette nostalgie qu’on cultive pour garder un goût de précaire beauté, prête à s’en aller si on ne la retient pas un peu, dans ces moments où la réalité s’absente.

A l’affiche au Cinéma Pathé. Belfort

 

 


A propos de josineb

Josiane Bataillard vit à Belfort et boit l'eau du robinet. Elle habite dans les livres, à l’abri des pages où s’écrit la vie à l'endroit, à l'envers.

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