La Brouillonne des livres : Fils du feu de Guy Boley


Guy Boley, Fils du feu, Grasset, août 2016 et mars 2018

« Un miracle tenu par quatre punaises »

Le narrateur de Fils du feu désigne ainsi les diapositives projetées sur un drap par le curé lors des séances de catéchisme.

La langue de Guy Boley tient, elle aussi, par quatre punaises. Bricoles, bricolages, la vie est une grande forgeuse.

Il aurait beaucoup lu.

Il aurait baroudé longtemps.

Il se serait frotté à toutes les vies ou presque.

Et, dans un grand tonneau il aurait enfermé les mots, ceux des légendes de feu, ceux de l’acier, avant d’en presser le moût et que ça fermente, avant de les laisser rouler, tournebouler sur la page, au bout du fouet de son stylo.

 

Fils du feu, de  Guy Boley, édité par Grasset

Ses mots font le beau, se font la belle, cavalcadent sur des alexandrins parfois, enfourchent une « probité candide » et on se dit : tiens voici Victor, et c’est Hugo, Arthur et c’est Rimbaud, Charles et c’est Baudelaire. L’oreille a capté un rythme, une espèce d’enjambement de géant, ou ressenti une misère de femme que le poète chérit. Il donne à entendre le tonnerre de la forge dans la fureur des conquérants venus de l’est, des dieux païens, des empereurs tous un peu guerriers et rugissants.

 

Les mots, il les martèle à sa façon.

 

Campagne, parents besogneux, vie quiète jusqu’au jour où la camarde ravit le petit frère  Norbert. L’aîné orphelin, le narrateur donc, tisse dans le ciel, la place du petit drap de lit, qui ne sera plus jamais lavé ni mis à sécher. Images de lessives fraîches. La nostalgie s’évapore dans un temps qu’on voudrait arrêter, suspendre, lui aussi, pour en faire le spectacle d’une vie inchangée.

La mère fait vivre l’enfant disparu, il grandit, passe ses examens, est amoureux… Cette douce folie maternelle apprivoise la mort et répare le chagrin.

Le narrateur parle et peint ou c’est l’inverse, et c’est l’Histoire qui s’ébroue, sanguinaire, puissante, glorieuse. L’histoire des petites gens.

Guy Boley, natif de Besançon, situe l’action de ce roman dans les années cinquante soixante, du XX e siècle.


A propos de josineb

Josiane Bataillard vit à Belfort et boit l'eau du robinet. Elle habite dans les livres, à l’abri des pages où s’écrit la vie à l'endroit, à l'envers.

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