La Brouillonne des livres : quand Dieu boxait en amateur, roman de Guy Boley


Quand Dieu boxait en amateur, roman de Guy Boley

Quelle est la part autobiographique de ce roman ? Trop curieux lecteur, à toi d’y répondre.

En tous les cas, ça respire l’amour silencieux, celui des infimes gestes, de la présence du fils auprès de son père hospitalisé, celui qui fut son « Dieu (et) boxeur amateur ». Tendre tristesse, face au corps que la vie abandonne.

C’est construit sur l’histoire d’un quartier populaire – Les Chaprais à Besançon – cela pourrait se passer ailleurs, quand la France se maintient entre deux pôles des années cinquante et soixante, celui des ouvriers communistes et celui d’une église qui voudrait garder ses prérogatives moralisatrices. Mêmes générosités de part et d’autre, mais des perspectives opposées.

 

Pierre, l’ami d’enfance, l’ami des livres, devient curé, il fait figure de prêtre ouvrier. René, le « serrurier, ferronnier, forgeron » et le boxeur plein de fougue, sera le Christ en croix pour quelques Passions jouées dans la paroisse. Étrange ? Pas tant que cela, le peuple se nourrit et s’accommode des idéologies théorisées, exaspérées dans leurs oppositions, car elles oublient l’enfance, le quartier, les indéfectibles liens de voisinage et d’amitié.

Le fils – fils de René, narrateur dans le roman – , pris dans ses menées idéologiques et la fougue contestataire de la fin des années soixante, a le sourire de l’adolescence glorieuse. Ce père minuscule, ouvrier, chanteur d’opérette du dimanche, communiste en croix, l’exaspère. Et puis un jour Victor Hugo le rattrape : « Mon père ce héros au sourire si doux… », un frisson parcourt sa jeune carapace, le rideau s’ouvre sur ce Père qu’il recrée, en majuscules, entre entraînements sportifs et répétitions théâtrales.

 

Roman paru chez Grasset, août 2018

L’autre Père majuscule, ce pourrait être aussi le mot, la langue, l’écrit, la poésie, ce maelström qui embarque Guy Boley sur la page, navigation jubilatoire qui signe une vie de bourlingue.

 


A propos de josineb

Josiane Bataillard vit à Belfort et boit l'eau du robinet. Elle habite dans les livres, à l’abri des pages où s’écrit la vie à l'endroit, à l'envers.

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