La Brouillonne des livres : Imre Kertész, Le Chercheur de traces


Le Chercheur de traces, Imre Kertész, traduit du hongrois par Natalia Zaremba-Husvai et Charles Zaremba, Actes Sud 2003

Choix judicieux de la part de l’éditeur que cette œuvre de Claudio Permiggiani, en couverture du récit de Kertész. Sculpture « d’ombre et de suie », je suppose.

C’est sur la trace des ombres, qu’un « hôte » appelé aussi « envoyé, émissaire » part à la recherche des cadavres enfouis, des oubliés. Cela se passe dans la région de Weimar, la patrie de Goethe, si proche géographiquement de Buchenwald. Paysage lissé aujourd’hui, par la main de l’homme. Quand les artistes font trace l’homme de la guerre efface ses traces.

Un certain Hermann, habitant la région, un de ceux qui devraient encore se souvenir, doit aider cet envoyé, il le fait à son corps défendant. L’envoyé se fourvoie quand il cherche avec une volonté farouche. Il doit laisser advenir certains hasards, formes ou couleurs du paysage. Il progresse, croit reconnaître, il se trompe, et quand enfin il pense toucher au but, des touristes sont là, pour troubler le souvenir, l’émergence ou la voix vivante des choses qui ne sont plus.

Dans la ville voisine où se restaurent les touristes dans des salons de thé au fauteuils de velours, une femme voilée l’interpelle, figure émaciée. Elle a perdu un père, un mari, un fiancé…

Une autre, allégorie du mal, crée un soudain vacarme et un grand désordre dans la rue, gueules d’enfer et tôles froissées des voitures. C’est un cauchemar qu’il fait, tout éveillé.

Parvenu au fin fond d’une campagne fruste, il interpelle deux ouvriers paysans, juste occupés à travailler, comme on le leur demande, ils ne savent rien de ce qui se serait passé avant.

« Les touristes sont comme des fourmis : ils emportent miette par miette mais sans relâche la signification des choses, chaque mot, chaque photo, enlève un peu de la gravité muette qui les entoure…. »

De retour de sa mission, cet hôte, se retrouve à estimer « les frais du voyage au bord de la mer qu’il entreprendrait le lendemain » avec sa femme, comme il le lui avait promis.

Fin réaliste, fin désabusée. Nous sommes touristes nous aussi.


A propos de josineb

Josiane Bataillard vit à Belfort et boit l'eau du robinet. Elle habite dans les livres, à l’abri des pages où s’écrit la vie à l'endroit, à l'envers.

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