Un grand voyage vers la nuit


Deuxième long métrage de Bi Gan. Je n’ai pas vu le premier,  Kaili blues, donc je ne compare pas. Et veux rester naïve.

Deux femmes au moins – l’accompagnent dans la recherche de celle qu’il aima. Amour fugace, presque oublié, jamais oublié. Celle qui est partie chanterait quelque part dans une Chine fantasque, onirique, improbable, mais pourtant. La première à la robe de soie verte, la deuxième au blouson rouge. Elles m’ont égarée. La deuxième paraît quand Luo Hongwu, arrive à Kaili.

C’est un  univers, de ruines, de passages souterrains humides, de zones limites entre ville et campagne broussailleuse, de trains, de routes au bord de rien, de maisons publiques : cabarets ou bains… devinés au travers de rideaux de plastique qui mouillent la vision, puis  soudain on se retrouve dans un cabaret enfumé, avec de drôles de personnages. Louche, trouble, le rêve, le désir, la nostalgie, et des femmes abandonnées ou délaissées, qui finissent par céder à cet homme de miel, pour un jour et des jours ?

La deuxième partie mène aux confins d’une petite ville, encore habitée, immeubles de quatre étages distribués autour d’une place, à proximité d’une mine fermée, dont les passages souterrains ou les salles hautes, permettent une suite de déambulations, des aménagements spéciaux : une salle de billard, de machines à sous, qui clignotent, sonnent une déglingue de l’abandon. Par une échancrure le regard  plonge sur un versant escarpé, où poussent des broussailles.

 

 

 

 

 

 

 

En contrebas de la salle de billard, des volées d’escaliers et de chemins caillouteux conduisent à une espèce de place noyée sous les néons, là où se produisent les chanteuses du karaoké. Les gérants ou les patrons : invisibles.

C’est « humanisé », habité, coloré, plein de mouvements, et d’une indigence dérisoire. Mais c’est ici qu’il va la retrouver, Wan Qiwen. Elle est peut-être celle qui est appelée la folle, celle qui a mis le feu à la maison des amants, celle qui pour être avec son homme laisse un enfant. Peut-être.

Amour éternel, ou feux de Bengale, si ce n’est l’objet de l’amour qui demeure, l’homme ou la femme tels qu’ils furent dans leur jeunesse, c’est l’amour et le désir qu’on a de cet amour.

 

 


A propos de josineb

Josiane Bataillard vit à Belfort et boit l'eau du robinet. Elle habite dans les livres, à l’abri des pages où s’écrit la vie à l'endroit, à l'envers.

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