Un violent désir de bonheur, film de Clément Schneider, présenté par Cinémas d’aujourd’hui 1


Un violent désir de bonheur, un film de Clément Schneider

A l’opposé du bonheur à l’eau de rose… Un bonheur qui se veut, se cherche et revendique sa place. Sous le soleil d’une Provence vibrante dans le craquettement des cigales.

Marianne, la comédienne Grace Seri, en proclame la substance, elle avance, magistrale et sereine, vers cela qu’elle vient de trouver et qu’elle veut continuer à instaurer, on la devine, on la sent, on la sait suivie de François, qui a trouvé en elle la femme nouvelle.

Marianne, figure de la Révolution, nous sommes en 1792, est le fruit parfait des Lumières, une femme qui veut construire son bonheur. J’ai pensé à Marivaux, à Diderot.

Marianne, esclave affranchie d’une colonie, émigrée d’un autre siècle, s’est protégée des soldats de la troupe par un mutisme intelligent et d’une extrême douceur.

Marianne, la femme à la longue jupe ondulante, invite le jeune moine Gabriel – il n’a prononcé que des vœux provisoires – à l’amour un et multiple, spirituel et poétique presque panthéiste, spirituel et charnel. Ces deux-ci découvrent que le sang de l’eucharistie a peut-être la même couleur que le sang de la défloraison.

Où allez-vous comme ça Marianne Marianne Marianne ? Ainsi allait la chanson enfantine…

Elle était arrivée avec une petite troupe de révolutionnaires, blancs rouges et bleus, elle est leur ange, mystère pour chacun.

 

 

 

 

 

 

Gabriel , interprété par Quentin Dolmaire, le plus jeune de la petite communauté du monastère accroché au flanc de l’arrière pays niçois, découvre son audace quand il accueille la soldatesque chaude et fanfaronne, et dénonce les exactions…

Il aimait déjà la terre du jardin, l’humus et l’humilité, comme mêmes racines.

Il aimait la montagne, les sentiers rugueux et les caches sous les oliviers. La douceur des chats et leur cruauté. Violence du bonheur ! D’un bonheur encore immobile.

Bref, elle s’appelle Marianne, il était le moine Gabriel et redeviendra François. Trois prénoms qui sonnent comme une « annonciation », celle d’une révolution autre que celle que l’Histoire a montré, celle qui est à réinventer, qui peut se réécrire.

Le format carré, 1.33, propice au resserrement de l’action, au portrait, au dialogue, au paysage, instaure une distanciation quasi théâtrale, que Clément Schneider assume.

L’écran devient l’écrin d’une tension dramatique, d’un processus. La musique anachronique des seventies qui jaillit frénétique et souveraine, fait exploser le cadre, nous fait danser sur les fauteuils !

On aimerait cela. On aime cela en 2019. Danser la sève amoureuse.

Clément Schneider, invité de Cinémas d’aujourd’hui à Belfort, souligne le rôle de la co-scénariste Chloé Chevalier et de la production, un travail collectivement mené


A propos de josineb

Josiane Bataillard vit à Belfort et boit l'eau du robinet. Elle habite dans les livres, à l’abri des pages où s’écrit la vie à l'endroit, à l'envers.


Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Commentaire sur “Un violent désir de bonheur, film de Clément Schneider, présenté par Cinémas d’aujourd’hui

  • Gendarme-Cerquetti

    Bonjour,
    Pardon à Clément Schneider d’utiliser le billet qui est consacré à son film pour vous parler Josianne Bataillard. Je viens de lire la critique que vous avez faite au sujet de mon film Le Désir que j’ai fait en 2016. Je suis très profondément touché par vos mots. Vous avez vu juste lorsque vous écrivez ‘érotisme sombre’. Merci.
    Mon tout premier film professionnel va sortir bientôt: Fils de Garches. J’espère que vous le verrez.
    Pour me confirmer que vous avez bien eu mon message: rgdm@riseup.net
    Et encore pardon à Clément Schneider.

    Bien à vous
    Rémi Gendarme-Cerquetti