La brouillonne des livres, Orlando de Virginia Woolf


Editions Les Brouillonnes, à Madame Virginia Woolf

A Propos de votre tapuscrit Orlando.

Le comité de lecture dont je suis la seule lectrice vous présente ses excuses pour le long délai que nous vous avons imposé avant de répondre à votre envoi, ce roman étrange, bizarre, oserai-je dire bizarre ? j’ai bien dit bizarre, que vous nous avez envoyé en 1927. Un siècle bientôt se sera écoulé !

Cet objet, cet être singulier qu’est Orlando, le personnage et Orlando le titre de votre… J’ai déjà écrit roman, vous parlez de biographie ! Même en 2019 on a bien du mal à le faire entrer dans une catégorie.

C’est long, trop long pour le lecteur contemporain, 328 pages et 413 avec la notice et les notes !

C’est fantasque, voire extravagant, sérieux, dérisoire, satirique, comique, et vos « innombrables petites idées & minuscules histoires qui (vous) traversent en éclair en toutes saisons. » sont une invraisemblable pagaille d’accumulations, d’ oppositions où tout et son contraire foisonne. De saisons, parlons-en, vous vous en fichez, et si par une matinée de printemps (page 116) Orlando (saute) sur ses pieds, six lignes plus bas il se retrouve en hiver il gèle.

Vous vous en expliquez ! Vous « écrirez dorénavant pour vous faire plaisir. »

 

 

Ecrivez, parodiez !

Voici un théâtre où de vieilles allégories : Pureté, Chasteté et Modestie, se retirent – elles ne sont plus bonnes qu’à servir les « respectables » – tandis qu’Orlando sous le regard bienveillant de La Vérité « s’éveilla : – c’était une femme. » Page 149

Rien que cela ! Pas même une explication, une justification. Pourtant nos contemporains sont au fait des questions de genre, mais ils ne vous croiront pas, ne vous suivront pas. De plus Orlando qui fut homme demeure Orlando en tant que femme, aussi élégant-e, séduisant-e, et libre d’aller venir en tous lieux, seul-e, libre de penser, tout et son contraire car c’est entre les deux que quelque chose tremble. Libre encore, après son sage mariage avec Shelmerdine, le bon mari absent, toujours en train de doubler le cap Horn. Libre de vivre trois siècles en ayant toujours sa belle trentaine !

Vous ajoutez une couche satirique sur certains auteurs anglais quand vous admirez les grands ! Les critiques sont étrillés délicatement. C’est bien riche tout ça, bien dense !

Grande dame qui me mène en bateau, roulis et tangage, j’ai failli verser par-dessus tes bords, mais je suis restée ballotée par cette urgence qui presse ta plume, mille fois abasourdie par ton audace, tes éclats, de rire et de fureur calmée, parce qu’écrire c’est la vie, la vie c’est écrire.

Traduction et édition de Jacques Aubert, Folio Classique


A propos de josineb

Josiane Bataillard vit à Belfort et boit l'eau du robinet. Elle habite dans les livres, à l’abri des pages où s’écrit la vie à l'endroit, à l'envers.

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