Lettre à Robert Walser


Robert Walser, Bienne 1878 Herisau 1956

De quoi s’agit-il au juste ?

Contourner ou  contrer l’installation monstrueuse – qui veut et doit être vue, elle s’impose, défie la circulation devant la gare de Bienne en Suisse –  Installation qui fait parler comme le souhaite l’artiste remue-ménage Thomas Hirschorn.Je ne suis qu’une voix infime, presque muette.

Rapport qualité prix ? Certes, les libraires ont vendu plus de livres de Robert Walser cette année, certes !
Sera-t-il lu, goûté, aimé ? Tandis que l’un s’efface, l’autre se hisse…
Alors j’ai écrit cette lettre à Robert Walser, parue dans le courrier des lecteurs du BIEL BIENNE du 31 juillet 2019, journal gratuit.

 

Cher Robert Walser,

 

Dans la neige et dans le froid, c’est ainsi que tu as pensé mourir, dans ce « manteau qui t’enveloppait d’une merveilleuse chaleur », dans les mots que tu as forgés, dans ceux que tu nous as laissés.
Je devrais te vouvoyer. Je te vouvoie, pour maintenir une distance aussi belle et apprivoisée que celle que Carl Seelig, ton tuteur de 1944 à 1956 entretint avec toi.


Avec toi – pardon, je suis incorrigible – Avec vous je me suis promenée, dans les alentours de Bienne ou d’Herisau, selon votre gracieuse fantaisie. Peut-être a-t-elle parfois caché de sombres pressentiments, des tristesses en haillons, des vents aigres qui ont sculpté votre visage acéré, amaigri. Mais vous avez fait vœu de légèreté, de discrétion, d’effacement. Votre écriture même s’est dérobée dans vos « microgrammes », que le travail patient de Echte et Greven, a fini par déchiffrer. Ce n’était pas une « écriture de la mélancolie » comme le disait votre ami Carl Seelig, c’était votre lieu secret, territoire de refuge, loin des hommes.

Aujourd’hui, à Bienne vous êtes l’objet plutôt que le sujet, d’un intérêt « énhaurme », qui vous dérangerait beaucoup. Franchement vos microgrammes en regard de la calligraphie arabe, quand bien même cette calligraphie est toute belle ! Et votre cœur, tellement désireux d’aimer – vous avez aimé autant que vous le pouviez – mis en regard de celui d’une Lady, travailleuse du sexe ! Tout cela est mal goupillé. Même si vous l’eussiez appréciée cette dame Xena. pourquoi pas ? Si elle est ou fut aussi aussi brave et talentueuse que Grisélidis Réal.

Vous quittez Bienne cet été ? On ne pourra vous trouver que sur les rayons des libraires ? Tant mieux ! Fidèle compagnon de nos Promenades intérieures, vous êtes au calme sur les rayons de nos bibliothèques.

Josiane Bataillard, Belfort, le 15 juillet 2019

Le nom de microgrammes a été forgé par Jochen Greven, ils ont été déchiffrés par Werner Morlang et Bernard Echte. Informations trouvées dans le site mentionné ci-dessous.

 

 

 

 

Ci-dessous un site qui donne des extraits d’une thèse à propos de Le  Brigand
https://www.cairn.info/revue-savoirs-et-cliniques-2003-2-page-99.htm#


A propos de josineb

Josiane Bataillard vit à Belfort et boit l'eau du robinet. Elle habite dans les livres, à l’abri des pages où s’écrit la vie à l'endroit, à l'envers.

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