La brouillonne des livres : Eric Vuillard : La Guerre des pauvres, David Vandermeulen et Ambre : Thomas Müntzer de


Le deuxième volume de La Passion des anabaptistes : Thomas Müntzer, de Vandermeulen et Ambre, paru chez 6 pieds sous terre, septembre 2014, est une « bande dessinée » les guillemets s’imposent car ces deux auteurs font des livres illustrés d’une facture spéciale. Les textes documentés et des dialogues contextualisés de Vandermeulen obligent le lecteur à faire des recherches. Les « illustrations » d’Ambre, sont  les tableaux d’une époque  sombre et lumineuse, ils donnent corps et tronche à ces héros, de vrais personnages historiques, qui portent au devant d’eux-mêmes, tremblants et rageurs une foi nouvelle. Marin Luther (1483-1546) et Thomas Müntzer (1484-1525) côte à côte, sont deux figures importantes de ce que sera la Réforme. Le premier est passé à la postérité comme le grand réformateur, le deuxième a eu la tête tranchée accrochée sur une pique, il menait la guerre des paysans en 1525. Pour lui, l’esprit de la parole devait s’éprouver au travers de ses propres souffrances et ne tolérer aucune compromission, c’était un mystique en acte. Des milliers de paysans succombèrent à Mühlhausen (en Thuringe). Vandermeulen et Ambre suivent la légende qui parle de son repentir devant le seigneur de Mansfeld. Eric Vuillard met en doute ce revirement de l’homme torturé. On ne saura pas. Ils ont lu les témoignages historiques mais les ont traduits avec des sensibilités différentes.

Le Thomas Müntzer,  textes de Vandermeulen et planches d’Ambre, est plein de paroles saisissantes, parlerait-on de fous de Dieu aujourd’hui ? de contrastes noirs et blancs –  le blanc du papier – noirci par une plume précise, énergique, absolue. Il exprime une époque de quêtes troublées qui ont ébranlé les assises d’une église dévoyée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le texte bref et dense – 68 pages –  La Guerre des pauvres, récit d’Eric Vuillard, paru en décembre 2018, chez Actes Sud, a une autre tonalité. Fin du XV et début du XVI siècles, dans le Saint-Empire romain germanique se prépare la révolte des paysans, des artisans. Soumissions, tromperies, servages :  grande misère. Quelques rares se haussent et vont tonner, la majorité pleure. Bientôt la populace suivra et Martin Luther et Thomas Münztzer, mais l’un et l’autre différemment. Ils réfutent l’église catholique souillée au plus haut niveau, pourtant leur foi et sa mise en œuvre en feront des frères ennemis.

Le Thomas Müntzer de  La Guerre des pauvres, d’Eric Chevillard a de l’allant, il prend la défense de son héros, car en face de ce prédicateur fou il y a l’église et le clergé pervertis de luxe, de lucre et de violences à l’encontre du peuple, leur menu fretin. On le suit. Phrases courtes, anaphores qui sont les ritournelles de son ironie, emploi du « on » qui nous mêle aux personnages, nous fond dans leurs déboires ou nous enivre de leur victoire… Petites dénonciations de couloir, il a l’œil et le mot pour pincer l’orgueil des puissants. L’élan de l’Histoire pour espérer une victoire.

 

 

 L’Ordre du jour, prix Goncourt 2017, à lire bientôt –


A propos de josineb

Josiane Bataillard vit à Belfort et boit l'eau du robinet. Elle habite dans les livres, à l’abri des pages où s’écrit la vie à l'endroit, à l'envers.

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