La synagogue de Delme


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La synagogue de Delme

Elle avait, à travers les mots de Jean-Christophe Bailly (Le Dépaysement. Voyages en France, in  « Le Cimetière de Toul, La Synagogue de Delme », éditions du Seuil 2011)  acquis une résonance, une musique accrue, entre la voûte et son reflet abyssal dans les bassins d’huile de vidange de Romain Crelier, installés en l’abbatiale de Bellelay (2013, Jura bernois, Suisse).

Mettre l’abbatiale de Bellelay (http://www.abbatialebellelay.ch/)  et la synagogue de Delme (http://www.cnap.fr/centre-dart-contemporain-la-synagogue-de-delme) en regard, s’imposait. . La première est un centre d’art qui réalise une, parfois deux expositions annuelles, durant l’été, la deuxième est devenue un centre d’art contemporain depuis 1993.

Jean-Christophe Bailly soulignait dans l’essai précité, qu’à Delme, même sans référence à un sacré religieux, il s’avérait impossible de ne pas tenir compte de la fonction qu’avait eu ce lieu, qu’il en était tenu compte, en invitant des artistes en quête d’une sacralité à dimensions humaine. Il écrit :

« (…) à l’intérieur même de ce devenir séculier, l’utilisation d’anciens temples en tant qu’espaces de performance artistique peut parfois fonctionner comme un garant : il ne s’agit pas de prolonger, par l’art, la leçon du dogme, et encore moins de replacer l’art sous une quelconque tutelle métaphysique, il est simplement question, au sein d’un lieu donné, d’être attentif à sa résonance, à la qualité de l’écho lointain qu’il relance. » p. 163 de l’ouvrage cité

contre-plongée sur la guirlande de Zbynek Baladran

contre-plongée sur la guirlande de ZbyneK Baladrán

En 2013, lors du finissage de l’exposition de Romain Crelier dans l’abbatiale de Bellelay,  un parallèle avec la synagogue de Delme s’imposait, les expositions retenues passées et à venir témoignant de cette même attention.

Visite de l’exposition de ZbyneK Baladrán, Dead Reckoning , Delme, septembre 2014

Ne jouons pas de mots ou de concepts critiques auxquels nous n’avons pas accès, mais reprenons ce que Zbynek Baladrán, dit lui-même « Toute activité produit du malentendu. (…) Sans malentendu, pas de mouvement. Sans malentendu, rien de nouveau ou d’inattendu ne se passe. Sans malentendu, pas de futur. »

Ses écrits sont reproduits, comme apophtegmes nouveaux, contradictoires ou inachevés, sur une bande de papier, accrochée dans l’espace, guirlande de mots, qui s’interrompt, se tord, s’élève, dans  la partie centrale de la synagogue. Phrase serpentine en anglais,  avec quelques échos blancs sur fond noir d’un tableau longiligne, le tout dans une blancheur intégrale de tout l’intérieur de l’édifice. La perception du réel s’absente, se fait autre, des images flottent dans l’espace (l’artiste rappelle les simulacres de Lucrèce) , émergent les questions, auxquelles l’artiste répond avec humour :

« Parce qu’il est possible que l’art puisse changer quelque chose

Parce que l’auteur a fait des études d’art et ne sait rien faire d’autre »

Comme je ne fais rien d’autre que m’interroger sur cette exposition, et pour celle-ci « Dead Rekoning » « Navigation à l’estime » qu’étudier le petit livret publié à l’occasion de l’exposition, avec les textes de Zbynek Baladrán (traduits) et une présentation de François Piron.

Le malentendu, aux sens propre et figuré, serait donc une voie plus qu’un obstacle.

Outre l’exposition de la salle principale, deux installations vidéo, images et textes en friction, interrogent le récent vécu des pays de l’ex bloc soviétique et nos pratiques capitalistes, les plus intimes.